sábado, 15 de enero de 2005

LES DÉSERTS DE L'AMOUR (primera parte). Rimbaud traducido por Magdalena Cámpora

C'est certes la même campagne. La même maison rustique de mes parents: la salle même où les dessus de porte sont des bergeries roussies, avec des armes et des lions. Au dîner, il y a un salon avec des bougies et des vins et des boiseries rustiques. La table à manger est très grande. Les servantes! Elles étaient plusieurs, autant que je m'en suis souvenu. - Il y avait là un de mes jeunes amis anciens, prêtre et vêtu en prêtre, maintenant: c'était pour être plus libre. Je me souviens de sa chambre de pourpre, à vitres de papier jaune ; et ses livres, cachés, qui avaient trempé dans l'océan !
Moi j'étais abandonné, dans cette maison de campagne sans fin: lisant dans la cuisine, séchant la boue de mes habits devant les hôtes, aux conversations du salon: ému jusqu'à la mort par le murmure du lait du matin et de la nuit du siècle dernier.
J'étais dans une chambre très sombre: que faisais-je ? Une servante vint près de moi: je puis dire que c'était un petit chien: quoique belle, et d'une noblesse maternelle inexprimable pour moi: pure, connue, toute charmante ! Elle me pinça le bras.
Je ne me rappelle même plus bien sa figure: ce n'est pas pour me rappeler son bras, dont je roulai la peau dans mes deux doigts; ni sa bouche, que la mienne saisit comme une petite vague désespérée, minant sans fin quelque chose. Je la renversai dans une corbeille de coussins et de toiles de navire, en un coin noir. Je ne me rappelle plus que son pantalon à dentelles blanches. - Puis, ô désespoir, la cloison devint vaguement l'ombre des arbres, et je me suis abîmé sous la tristesse amoureuse de la nuit.
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Es ciertamente el mismo campo. La misma casa rústica de mis padres: la misma sala donde arriba de las puertas se ven caseríos quemados, con armas y leones. Para la cena, hay un salón con velas y vinos y maderas rústicas. La mesa del comedor es muy grande. ¡Las sirvientas! Eran varias, según recuerdo. - Había también uno de mis antiguos jóvenes amigos, sacerdote y ahora vestido de sacerdote: lo hacía para ser más libre. Me acuerdo de su cuarto de púrpura, de vidrios de papel amarillo; ¡y de sus libros escondidos, que se habían mojado en el océano!
Me habían abandonado en esa casa de campo sin fin: leyendo en la cocina, secando el barro de mis ropas ante los anfitriones, en las conversaciones del salón: conmovido hasta la muerte por el murmullo de la leche de la mañana y de la noche del último siglo.
Yo estaba en un cuarto muy sombrío: ¿qué hacía? Una sirvienta se me acercó: puedo decir que era un perro pequeño: aunque bella, y de una nobleza maternal inexpresable para mí: ¡pura, conocida, encantadora! Me pellizcó el brazo.
Ya no recuerdo bien su figura: no es para recordar su brazo, cuya piel yo retorcía entre mis dos dedos; ni su boca, que la mía tomó como una pequeña ola desesperada, desgastando algo sin fin. La arrojé en una canasta de almohadones y de telas de navío, en un rincón negro. Sólo recuerdo su pantalón de encajes blancos. - Luego, oh desesperación, la pared se convirtió vagamente en la sombra de los árboles, y me abismé en la tristeza enamorada de la noche.

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