miércoles, 19 de enero de 2005

LES DÉSERTS DE L'AMOUR (segunda parte). Rimbaud traducido por Magdalena Cámpora

Cette fois, c'est la Femme que j'ai vue dans la Ville, et à qui j'ai parlé et qui me parle.
J'étais dans une chambre sans lumière. On vint me dire qu'elle était chez moi: et je la vis dans mon lit, toute à moi, sans lumière. Je fus très ému, et beaucoup parce que c'était la maison de famille: aussi une détresse me prit : j'étais en haillons, moi, et elle, mondaine, qui se donnait, il lui fallait s'en aller! Une détresse sans nom : je la pris, et la laissai tomber hors du lit, presque nue; et, dans ma faiblesse indicible, je tombai sur elle et me traînai avec elle parmi les tapis sans lumière. La lampe de la famille rougissait l'une après l'autre les chambres voisines. Alors la femme disparut. Je versai plus de larmes que Dieu n'en a pu jamais demander.
Je sortis dans la ville sans fin. Ô Fatigue! Noyé dans la nuit sourde et dans la fuite du bonheur. C'était comme une nuit d'hiver, avec une neige pour étouffer le monde décidément. Les amis auxquels je criais: où reste-t-elle, répondaient faussement. Je fus devant les vitrages de là où elle va tous les soirs: je courais dans un jardin enseveli. On m'a repoussé. Je pleurais énormément, à tout cela. Enfin je suis descendu dans un lieu plein de poussière, et assis sur des charpentes, j'ai laissé finir toutes les larmes de mon corps avec cette nuit. - Et mon épuisement me revenait pourtant toujours.
J'ai compris qu'elle était à sa vie de tous les jours, et que le tour de bonté serait plus long à se reproduire qu'une étoile. Elle n'est pas revenue, et ne reviendra jamais, l'Adorable qui s'était rendue chez moi, - ce que je n'aurais jamais présumé. - Vrai, cette fois, j'ai pleuré plus que tous les enfants du monde.
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Esta vez, se trata de la Mujer que vi en la Ciudad, a quien hablé y que me habla.
Estaba en un cuarto sin luz. Vinieron a decirme que ella estaba en mi casa: y yo la vi en mi cama, toda mía, sin luz. Me emocioné, y mucho, porque era la casa de mi familia : también me agarró una desesperación : yo vestía harapos y ella, mundana, que se entregaba, ¡debía irse! Una desesperación sin nombre: la tomé, y la dejé caer fuera de la cama, casi desnuda; y en mi debilidad indecible, caí sobre ella y me arrastré con ella sobre los tapices sin luz. La lámpara de la familia enrojecía uno tras otro los cuartos vecinos. Entonces la mujer desapareció. Derramé más lágrimas que las que Dios jamás ha podido pedir.
Salí a la ciudad sin fin. ¡Oh Fatiga! Ahogado en la noche sorda y en la fuga de la felicidad. Era como una noche de invierno, con una nieve para sofocar al mundo, realmente. Los amigos a quienes gritaba: dónde está ella, contestaban falsamente. Estuve ante los vidrios donde ella va todas las noches : yo corría en un jardín sepultado. Me empujaron. A todo esto, yo lloraba enormemente. Al final bajé a un lugar lleno de polvo, y sentado sobre unas vigas, dejé terminarse con la noche todas las lágrimas de mi cuerpo. - Pero mi agotamiento regresaba siempre.
Entendí que ella seguía con su vida de todos los días, y que el golpe de suerte tardaría más en reproducirse que una estrella. Ella no regresó, y no regresará jamás, la Adorable que vino hacia mí, - cosa que jamás hubiera presumido. - De veras, esta vez lloré más que todos los niños del mundo.

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